La Grand-Synthoise Isabelle Degrand a bouclé le Marathon des Sables en 10e position. Elle a surtout terminé 1re française de l'une des épreuves les plus difficiles au Monde, courue dans le désert marocain. Séduite par cette discipline, la Nordiste est de nouveau allée au bout d'elle-même pendant quatre étapes. Elle se raconte, avec son naturel confondant.
> Isabelle, êtes-vous satisfaite de votre résultat ?
I. D : « Cette année, j'ai fait mon meilleur temps de course, mais pas mon meilleur classement (3e en 2005). Le niveau monte, les filles sont de plus en plus entraînées. Mais je suis vraiment satisfaite. Cette année, j'ai lancé mon magasin. Et je suis partie avec moitié moins d'entraînement : 9 h par semaine, contre 18-20 h. »
> Quel est le souvenir le plus fort qui vous reste ?
« C'est quand je suis arrivé au 80e km de la plus longue étape (92 km). On a eu le vent de face pendant 60 km ! J'étais anéantie. J'ai rarement été dans un tel désoeuvrement mental. J'ai croisé un concurrent qui m'a dit : "Isa, pose-toi 10', repose-toi." J'ai dormi 10 minutes. j'ai pensé aux gens qui m'envoyaient des mails. Je me suis dit : "j'ai pas le droit". J'ai remballé mon duvet. Il faisait noir. J'ai retrouvé ma route toute seule. C'est fou à dire, mais un moment, t'as l'impression que tu ne le fais plus pour toi. Et puis, avec mon équipe, avec nos sponsors, on finance un orphelinat au Burkina-faso. Il y a plein de choses qui se mêlent. »
> Pourquoi décide-t-on de participer à une épreuve aussi extrême ?
« On est des fondus, des barjots quelque part. On passe par un tel dépassement de soi que ça nous aide dans la vie de tous les jours. Tu reviens, t'es plus la même personne, plus la même femme. J'ai eu le cran d'ouvrir ce magasin (NDLR : Isabelle Degrand tient un magasin d'articles de sport à Bergues depuis quelques semaines). Je ne l'aurais jamais fait avant. Avec le marathon, j'ai dû affronter des phobies : celle de la nuit, du sable. J'ai une force intérieure que je n'avais pas avant. Je suis devenue une fonceuse. À qui je veux prouver des choses ? À moi. J'ai toujours été une compétitrice depuis que je suis gamine. »
> Vous avez participé l'an passé, à l'émission de M6 « un dîner presque parfait ». On vous verrait plus dans votre élément à Pékin express ou Koh-Lanta ?
« Un Dîner presque parfait, ce n'est pas mon truc. J'avais entendu qu'ils cherchaient des figurants à la radio. Je ne savais pas ce que c'était. Mes enfants m'ont dit d'envoyer ma candidature. Au casting, on m'a demandé : "quel est le dernier plat que vous avez raté" ? J'ai dit les frites. On m'a demandé ma réaction. J'ai répondu : "pas grave. Par contre, mon mari ! Et j'ai ajouté hihihi..." Ils m'ont demandé ma spécialité. J'ai dit : "faire des enfants ! "J'ai été naturelle et j'ai été prise. Pékin express, c'est plus mon profil. J'espère le faire un jour. Pas Koh-Lanta par contre. Il y a de la délation, ça ne m'intéresse pas. Moi, je veux vivre avec peu de moyens et foncer. »
PAR FRÉDÉRIC SOURICE
Isabelle Degrand : «J'ai une force intérieure que je n'avais pas avant.»